Photo : Aménagement Côté Jardin
Blogue7 janvier 2021

Pourquoi l’investissement responsable connait un si grand succès

L’engouement pour l’investissement responsable et la finance durable ne fait plus aucun doute. Les particuliers sont maintenant de plus en plus nombreux à vouloir consacrer leur épargne au financement de projets qui améliore le monde. La double crise économico-sanitaire et environnementale accentue cette tendance. Et bonne nouvelle : de plus en plus d’entreprises se préoccupent d’avoir un impact positif sur le monde.

L’essor de investissement responsable (IR) est attribuable à trois facteurs principaux, rapporte l’Institut des fonds d’investissement du Canada : la performance financière, la demande des clients et les impacts positifs sur la société.

1. La performance financière

Si le rendement financier de ce type d’investissement et la croyance voulant que ces portefeuilles étaient sous-performants a déjà été un obstacle à la croissance de l’industrie, les investisseurs constatent aujourd’hui que l’IR peut générer de meilleurs rendements financiers tout en contribuant à un impact environnemental et social positif.

« La question du rendement ne se pose même plus », constate Luc Verville, chef des placements à Fondaction. À preuve : le Fonds Baillie Gifford, qui investit notamment dans une nouvelle génération de sociétés qui s’attaquent aux grands défis environnementaux et sanitaires mondiaux, a affiché cette année le meilleur rendement parmi les fonds qui figurent dans le portefeuille de titres de Fondaction, souligne M. Verville.

De fait, « ce n’est pas parce qu’on privilégie la finance durable qu’on renonce à un retour sur l’investissement », renchérit son collègue Stéphan Morency, vice-président et chef de l’investissement à Fondaction.

La question des rendements est du même coup « très compatible avec la notion de fiduciaire qui consiste à gérer les actifs d’autrui en minimisant les risques », renchérit Florian Roulle, responsable du volet finance durable au sein de Finance Montréal.

La décision de Fondaction de désinvestir dans des compagnies qui détiennent des réserves d’énergie fossile a aussi été payante. « On n’a pas laissé d’argent sur la table en excluant le pétrole de nos portefeuilles, bien au contraire », se réjouit Luc Verville, en précisant que Fondaction fait aussi une place de plus en plus grande aux obligations vertes dans son portefeuille.

2. La demande des clients

Ainsi, de plus en plus de gens ouvrent leurs horizons et considèrent maintenant placer leur argent dans des fonds dits responsables. Leur épargne vient gonfler le volume d’actifs engagés en finance responsable. Celui-ci atteignait 699,9 milliards de dollars (G$) au 31 décembre 2019, en hausse de 53 % depuis 2016, indique une enquête récente commandée par CAP Finance, un regroupement d’institutions financières vouées à l’investissement responsable (IR), dont Fondaction a fait partie.

« L’investissement responsable avait principalement été stimulé par les investisseurs institutionnels. La prochaine vague va venir des particuliers », prévoit Florian Roulle.

Dans le même temps, on assiste à une nouvelle accélération de l’intégration des préoccupations environnementales, sociales et/ou de gouvernance (ESG) aux politiques et aux stratégies de placement, d’investissement et d’engagement des organisations, prévoit l’étude de CAP Finance réalisée en collaboration avec l’Institut de recherche en économie contemporaine du Québec (IRÉC) et le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec.

Les facteurs ESG sont en effet « devenus incontournables pour les entreprises qui souhaitent obtenir l’approbation des investisseurs, petits ou grands », affirme Alain Webster, professeur en économie de l’environnement à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke.

D’ailleurs, un nombre croissant d’investisseurs estiment que les entreprises qui ne parviennent pas à gérer efficacement les critères ESG s’exposent à une gamme de risques qui peuvent avoir une influence importante sur leur performance. Parlez-en à Volkswagen qui a vu son action tomber en chute libre après le scandale du «Dieselgate».

3. Les impacts positifs sur la société

Au-delà des rendements financiers, les investisseurs souhaitent de plus en plus que leur argent ait aussi des effets positifs sur l’ensemble de la société. « L’investissement d’impact fait de plus en plus son chemin. Les investisseurs ne veulent pas seulement mettre de l’argent dans des entreprises, mais ils veulent aussi qu’elles adoptent une raison d’être qui prend en considération les facteurs environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance », note Alain Webster.

Fondaction l’a compris depuis longtemps. Dès sa création en 1995, bien avant l’adoption en 2006 des Principes pour l’investissement responsable (PRI) établis par un groupe d’investisseurs institutionnels mondiaux à l’invitation de l’Organisation des Nations Unies (ONU), le fonds de travailleurs a mis l’impact de ces investissements au coeur de son modèle d’affaires.

Aujourd’hui, Fondaction privilégie trois thèmes d’investissement : l’agroalimentaire durable, la lutte contre les changements climatiques et le développement de villes et de communautés durables. « Le rôle de la finance, c’est d’anticiper les transformations à venir dans la société. Or, les grandes transformations des prochaines décennies seront en lien avec le développement durable », indique Stéphan Morency.

Membre du prestigieux Conseil des investisseurs du Global Impact Investing Network (GIIN), Fondaction vient d’ailleurs de renforcer son engagement envers la finance durable avec la création d’une équipe entièrement consacrée à l’investissement d’impact.

Le Québec, en particulier Montréal, est bien positionné pour se tailler une place de choix dans l’industrie mondiale de la finance durable. « Ici, les valeurs de communauté sont ancrées dans la société depuis toujours et font partie de l’ADN de plusieurs institutions financières », fait valoir Florian Roulle.

Stéphan Morency fait écho à ces propos : « Les grands joueurs institutionnels sont nés de mouvements sociaux et collectifs. Ils ont d’abord à coeur l’intérêt général ».

Et la crise sanitaire et économique que nous traversons accentue encore cet élan. « Cette crise a amené une prise de conscience de l’importance non pas de mettre l’accent sur la relance économique, mais plutôt sur la transformation de l’économie, soutient Stéphan Morency. Et cette transformation passe par la finance durable. »